[Tutoriel] Écrire des dialogues vivants

Vous trouverez ici les conseils indispensables pour bien traduire et maîtriser les outils de traduction des jeux.
Avatar du membre
Confrère_VF
Comédien
Comédien
Messages : 515

[Tutoriel] Écrire des dialogues vivants

Message par Confrère_VF »

Bonjour à tous,


Que vous soyez créateurs de mod ou traducteurs, vous aurez une forte probabilité à vous retrouver face à des dialogues entre les PNJ ou entre le joueur et des persos. Et si dialoguiste est un métier (qui n’est pas le mien), ce tuto vous donnera quelques ficelles pour rendre vos phrases vivantes et vraies, légères, facile à lire et, peut-être, à écouter.

Image

Dans le cas d’une traduction, le texte original peut ne pas être très bien travaillé, assez grossier dans la forme, il manque de subtilité ou de réalisme. Et comme nous avons la chance sur la Confrérie de ne pas être une vraie entreprise de traduction, nous sommes libres des contraintes imposées par des producteurs anglophones, que ce soit en temps de travail, en durée de répliques et en proximité avec la VO. Vous pouvez être d’accord ou non avec ça, mais c’est un fait.

Dans un premier temps, je vous conseille d’écouter les gens parler et de déceler quelques éléments qui reviennent fréquemment : des tics de langage, des expressions récurrentes ; ces derniers changent beaucoup selon les personnes, et notamment leur statut social ou leur âge. Essayez aussi de vous rendre compte de ce que vous dites vous-mêmes. Lisez du théâtre contemporain (XXe-XXIe), pas du classique qui a des codes très littéraires et certainement pas des vers.
Surtout, n’hésitez pas à revenir sur ce que vous avez écrit après quelques temps (une journée peut suffire) : il est fréquent qu’on ait tendance à écrire des formulations narratives, comme dans un livre, mais c’est pas comme ça qu’on parle dans la vraie vie. Revenir dessus vous permettra de prendre le recul nécessaire et vous faire dire « Hum, il y a quelque chose de bizarre ».
Évitez en revanche de prendre des exemples de débats à la télé, notamment des personnes politiques ou simplement très cultivées ; non pas que je sois contre la culture (bien au contraire, elle manque) mais parce que vous avez peu de chances d’écrire des personnages cultivés eux-mêmes, érudits et distingués. Et encore une fois, ces personnes font des efforts car parler devant une caméra, c’est parler en public, donc on prend le temps d’y mettre des formes. Mais voyez ces personnes hors des plateaux, ils parleront comme vous et moi.

Une bonne méthode aussi serait de faire des comparaisons entre VO et doublage dans les films/séries, ou même simplement de lire les sous-titres. Ça fait pas mal progresser si vous avez déjà des notions d’anglais (assez pour entendre ce qui est dit en tout cas). Voire de lire/écouter des traductions et de vous demander « Est-ce que j’aurais dit la chose comme ça ? » Oblivion est un bon exercice, tellement la traduction est mal fichue (on ne parle pas ici des traductions de termes loristes, c’est un autre débat, mais de la forme des phrases). Faire de la correction sur les autres aide beaucoup à rendre sa propre écriture plus naturelle.

Et enfin, quand vous avez écrit un dialogue, lisez-le à haute voix : si la phrase vous paraît alambiquée, ambiguë, compliquée même bien que ce soit grammaticalement juste, c’est que ce n’est pas naturel. N’hésitez pas à demander à ce qu’on vous relise, mais seulement pour la forme et pas l’orthographe ou le respect du lore (histoire que la personne vous relisant se concentre sur une chose en particulier). Si corriger les autres nous aide, c’est plus difficile de s’autocorriger car les formules qu’on utilise nous paraissent normales.



I. Utiliser des formules simples

Image

Quand on parle, notre grammaire est beaucoup moins variée que quand on écrit. Par conséquent, on utilisera surtout le présent de l’indicatif, le passé composé, le conditionnel et le futur proche. Dans une moindre mesure, le futur de l’indicatif peut être utilisé.
Le passé simple est bien trop littéraire, narratif. Personne ne l’utilise dans une conversation, ou bien dans des cas exceptionnellement rares. Les différents subjonctifs peuvent parfois se retrouver dans la formule (« Mais comment eût-il fallu que je le susse ? », ce genre de chose), mais ça reste rare là aussi et toujours un peu surprenant à entendre – dans une société courante, je veux dire, pas dans des hautes sphères de la société qui se donnent une image publique.

Dans le même genre, surtout avec des questions, évitez les formules « verbe-sujet », mais plutôt « sujet verbe ». Mettre le verbe d’abord est une forme de langage tout à fait courant et poli, mais c’est surtout pour du bouquin. Dans la vraie vie, une interrogation est montée comme une affirmation ; il n’y a que le point qui change tout. Et cette forme, même les gens de « la haute » l’utilisent, car c’est quelque chose qu’on dit sans réfléchir ; quand on parle en « verbe-sujet », c’est soit qu’on veut faire preuve d’une politesse particulière, soit qu’on s’écoute parler.

Autre chose qui simplifie le discours, c’est l’usage du « on » en remplacement du « nous ». Formule très répandue pas toujours très bien acceptée par les puristes, il n’en demeure pas moins qu’on s’en sert absolument tous et il ne faut pas croire : les gens avaient aussi ce genre d’astuce au Moyen Âge.

Et enfin, une dernière méthode très courante même si grammaticalement c’est discutable : faire sauter le « ne » des négations. Même si ce n’est qu’un « n’ » qu’on entend à peine. Quand c’est derrière un mot qui finit en N, (par exemple « On n’a rien vu venir »), on peut mettre la forme négative dans les sous-titres, puisque ça ne change rien à l’oreille et ça reste toujours mieux de respecter les règles grammaticales. En revanche, si la phrase de l’exemple est dans une note ou un journal, là on peut retirer le « n’ ».

En résumé :
Cela => Ça
Nous => On
Ne => (rien)




II. Éviter les répétitions
Cela concerne davantage les réponses des PNJ au joueur. Certes, on n’entend pas (en général) ce que dit notre avatar, mais il faut partir du principe qu’il parle vraiment. Certains joueurs qui font des let’s play poussent le rôle et disent même la phrase concernée. Par conséquent, une répétition dans la réponse alourdit inutilement la conversation.

Un exemple inventé pour illustrer le propos :
« Qu’est-ce qu’il y a à savoir sur Faillaise ? »
Faillaise est la ville de la Guilde des voleurs blablabla…
C’est la ville de la Guilde des voleurs blablabla

Ici, inutile de répéter « Faillaise » puisque ça a déjà été dit par le joueur. Cela vaut pour n’importe quoi qui a été mentionné sans qu’un autre élément ne vienne perturber le sujet. Favoriser les « Ça, c’est, il ou elle ».

Mais la répétition la plus lourde qu’on trouve dans beaucoup de mods et y compris dans le jeu vanilla, c’est celle de votre titre (nous prendrons ici Enfant de dragon mais ça vaut pour tous les jeux). Vous savez qui vous êtes, inutile de vous le dire à chaque ligne ; Lurius Liore, personnage principal de Guivrecroc, est un cas d’école : il vous appelle Enfant de dragon chaque fois que vous lui parlez. Et ce n’est pas une question de VF, en anglais c’est tout aussi lourd.

Les seules fois où vous appeler par votre titre est pertinent, c’est si le PNJ initie la conversation ou si plusieurs personnages discutent en même temps. Dans tous les cas, il faut que votre attention soit captée : si vous êtes déjà en train de parler avec le PNJ, votre attention est toute à lui donc inutile qu’il vous appelle.
Ou bien, le titre est utilisé de manière ironique, blessante, comme une pique ou du mépris. C’est une question de contexte. Mais ce n’est pas le cas dans la majeure partie du temps, donc évitez d'en user plus que nécessaire.

Prenons en exemple une phrase vanilla de Balgruuf :
Je ne suis pas stupide, Proventus. Il est grand temps de mettre Ulfric au défi de m'affronter comme un homme ou de déclarer ses intentions.
Ici, dire Proventus est lourd et inutile : son chambellan vient de lui parler donc il n’a pas besoin de capter son attention.
Et des situations comme celles-là, il y en a des tonnes, dans plein d’œuvres différentes. Je vais prendre un autre exemple qui ne vient pas des jeux, mais de la série The Clone Wars où il est flagrant :
— Ha ! Tu as foi en eux ? Ha ha ! Allons, tu n’es pas sérieux, El-Les…
— On devrait les considérer comme un défi hors-normes, Bric.
Ces deux personnages se connaissent depuis longtemps et n’ont aucune raison de s’appeler mutuellement par leur nom, encore moins à la fin car ils discutent seuls. C’est lourd, sans subtilité, et même pas utile puisqu'ils sont nommés (à bon escient cette fois) par un autre personnage.
Autre exemple, où cette fois la traduction a fait du beau boulot pour le tout premier Assassin’s Creed, lors de la confrontation finale où les deux personnages qui se parlent son seuls :
— You're blind, Altaïr. Blind is all you ever were. All you'll ever be!
— My blade sees for me, Al Mualim. It cuts through the darkness.
----------------
— Tu es aveugle, Altaïr. Tu l’as toujours été. Tu le resteras à jamais !
— Mon épée déchire le voile de la vérité : elle voit pour moi.
Dans cet extrait, si vous avez joué au jeu vous connaissez la situation mais pour ceux qui n’y ont pas joué (auquel cas, allez-y tout de suite), le premier personnage disparaît « par magie » pendant son duel. C’était le maître d’Altaïr qu’il considérait comme un fils, et ils se sont battus un moment avant cette situation ; par ailleurs, il le nargue en disant ça. Donc qu’il l’appelle par son prénom est justifiable. En revanche, la VO fait dire « Al Mualim » à Altaïr, qui est le prénom du mentor ; sauf que comme je l’ai dit, ils sont seuls en cet instant et il dit ça au moment où il arrive à le voir et qu’il l’attaque, donc aucune raison de l’appeler. La VF a eu tout à fait raison d’enlever le nom.

Je pense que vous avez compris. Qu’il s’agisse d’un dialogue avec le joueur ou entre deux PNJ, dire leur nom sans raison autre que lancer la conversation est maladroit et enlève de la vie, de l’instantanéité. C’est pareil pour n’importe quel sujet de discussion.

EXCEPTIONS
Il y a cependant une exception dans le jeu vanilla qui peut aussi convenir quand vous écrivez. C’est le personnage de l’Elfe noir dans le Tertre des chutes tourmentées, quand il est prisonnier d’une givrépeire géante. On lui demande s’il sait où est la griffe d’or qu’il a volée, ce à quoi il répond :
Oui, la griffe. Je sais comment elle marche. La griffe, les marques, la porte dans la Chambre aux histoires. Je sais comment disposer tout ça !
Répéter "la griffe" d’entrée est justifié, car il est en situation de stress, en danger, il dit plein de trucs en même temps (où sont ses copains, ses regrets par rapport à ses erreurs, il demande à ce qu'on le sauve) et cela lui permet de ramener son esprit là-dessus. C’est donc aussi une question de situation. Mais la majorité du temps, inutile de répéter le sujet.

Une autre exception arrive, cette fois-ci en ce qui concerne les dialogues propres au PJ. Si vous parlez d’un sujet spécifique (personne, organisation, événement etc.) mais que, dans la conversation, vous avez d’autres choix de dialogues qui peuvent vous faire perdre le fil, il est justifié (pour raisons techniques) de répéter le sujet initial car utiliser « le/la/les/ça » peut créer un quiproquo chez le joueur lors du choix des lignes (même si le PNJ est programmé pour comprendre). Ou alors ça vous demanderait de faire plusieurs doubles de la même ligne, ajoutant du travail pour quelque chose qui, quand même, reste assez anecdotique si vous suivez les autres conseils et que les gens peuvent comprendre en tant que praticité technique.



III. S’accorder de petites répétitions quand même

Si répéter le sujet c’est lourd, toute répétition n’est pas mauvaise pour autant. C’est là que nous faisons la différence entre un dialogue écrit pour être lu et un écrit pour être parlé.

Même si c’est un piège dans lequel tombent plus souvent les traducteurs, ça peut aussi arriver aux créateurs. Il s’agit de l’accumulation des adjectifs et l’absence de pronoms.
En anglais, ça passe. Pas en français. Prenons un exemple concret, le forgeron Hulgard dans Guivrecroc (oui, encore ce mod) :
Je tiens la forge et fournis armes et armures à la garde locale.
La formule est correcte grammaticalement. Mais ça passe surtout à l’écrit. À l’oral, on aurait plutôt dit :
Je tiens la forge et je fournis des armes et des armures à la garde locale.
C’est bien plus oral, plus instantané ; quand nous parlons – plus que quand nous écrivons – nous avons des petits tics de parole, des imperfections et il faut les retranscrire dans les dialogues. Les personnages qui parlent « trop » bien ne sonnent pas naturel et cassent l'immersion, en plus de rendre le doublage plus difficile. Ça vaut aussi pour quand on parle d’un tiers, en répétant « il/elle ».

En français, on dispose aussi de ce que j’appelle le « pléonasme intensifiant », quand on met les deux mêmes pronoms personnels à la suite : « Moi, je… », « Toi, tu… », « Lui, il… » etc. Les anglophones ne l’utilisent pour ainsi dire pas, ils intensifient le pronom au doublage. Mais nous, on peut (ah bah tiens, je viens de le faire). Écoutez-vous, écoutez les autres : on le fait tous sans s’en rendre compte.
Certes, ce n’est pas une formule littérairement très jolie, mais encore une fois, on n’est pas dans un livre.

On peut aussi utiliser les « que » de manière plus familière, là où littérairement on a tendance à les faire disparaître :
Vous croyez me faire peur ? => Vous croyez que vous me faites peur ?



IV. Pas d’explications forcées

Une explication forcée, qu’est-ce que c’est ?
C’est quelque chose de particulièrement louuuurd qu’on retrouve dans beaucoup d’œuvres, dont des mods. Les Agents de la Justice en est rempli. Il s’agit, dans une même phrase, d’expliquer un élément dont on parle. C’est tout sauf naturel.

Image

Si deux PNJ parlent d’un sujet qu’ils connaissent tous les deux, l’explication n’a absolument aucun sens. Prenons une petite phrase inventée pour exemple :
J’ai besoin de lingots de fer, fiston. Va voir Martin Frappacier, le forgeron. Sa famille est amie de la nôtre depuis des années, il nous en donnera à bon prix.
Y a rien qui va, là-dedans. Déjà, le Martin Frappacier s’avère être un ami depuis sa naissance. Donc inutile de donner son nom : dire « Martin » renvoie automatiquement à lui dans l’esprit de l’interlocuteur. Ensuite, préciser « le forgeron » n’a aucun sens car d’une : encore une fois on sait qui est Martin et de deux : le PNJ dit avoir besoin de lingots de fer, du matériel de forgeron s’il en est. Et enfin, comme la famille Frappacier est amie depuis longtemps, on le sait. Je pense que vous avez compris.
Du coup, la phrase plus correcte serait :
J’ai besoin de lingots de fer. Va voir Martin, il nous les fera à bon prix.
La phrase est beaucoup plus légère car tout est dans l’esprit, dans le non-dit. Vous remarquerez que j'ai fait sauter le fiston, car comme on l’a vu juste avant c’est lourd de rappeler le statut d'une personne, d’autant plus s’ils parlaient déjà. Si jamais le forgeron n’avait pas parlé à son fils avant, dans ce cas, le fiston peut être placé en début de phrase, pour attirer son attention.

Maintenant, admettons qu’en bon PJ que vous êtes, vous n’avez jamais mis les pieds dans le village et vous venez de rencontrer la famille en question. Vous parlez au PNJ de tout à l’heure, il veut vous demander le même service qu’à son fils :
Je vais manquer de lingots de fer. Allez donc voir le forgeron pour moi, Martin Frappacier, et demandez-en-lui. Dites-lui que vous venez de ma part, c’est un ami de ma famille depuis des années et il donnera des lingots gratuitement.
On va épurer un peu tout ça :
Je vais manquer de lingots de fer. Allez donc voir le forgeron : c’est un ami, il les donnera gratuitement.
On a là viré tout ce qui était superflu : Martin Frappacier et le forgeron formaient un pléonasme, il faut aller au plus simple à comprendre (à savoir le métier). Le « pour moi et demandez-en-lui » disparaît aussi, car on comprend en sous-texte qu’il nous envoie pour lui et qu’il a précisé manquer de lingots. On a simplifié à « c’est un ami » car notre PJ n’a pas besoin d’en savoir plus. Et enfin, on a remplacé la répétition « des lingots » par « les », comme le mot est proche dans la phrase.
En peu de mots, suffisamment d’informations ont été données et c’est toujours comme ça qu’on parle dans la vraie vie.

En fait, le principal problème de l’explication forcée, c’est que ça donne l’impression que le PNJ prend son interlocuteur (PJ ou PNJ) pour un abruti – d’autant plus quand on a déjà joué au mod ou qu’on connaît suffisamment le lore. Ou dans le meilleur des cas, ça sonne « Vous avez vu, l’univers est riche hein, ça vous intéresse ! » alors que pas forcément. Le mieux dans ce cas (et ici je m’adresse aux créateurs de mods, pour les traducteurs c'est plus compliqué), c’est de rajouter une réplique ou une branche de dialogue qui demande : « C’est qui / C’est quoi ? », et là le personnage peut développer. Je sais, ça demande plus de travail que vous n'en donnez déjà, mais la qualité et l'immersion ont un prix.


Une chose que je comprends dans les explications forcées qui sont très agaçantes, et qui rejoignent aussi un peu le principe de la répétition de titre, ce sont les noms à rallonge (noms propres, événements, lieux) qui sont toujours nommés en entier. On ne fait pas ça, ou seulement au début s’il y a besoin de précision.

Par exemple, dire « le Traité de l’Or blanc » tout le temps, tout le temps, c’est chiant. On dit « le Traité », car dans Skyrim c’est un problème actuel majeur qui a marqué les esprits : on sait donc d’emblée de quoi on parle.
C’est un peu la même chose avec les villes à noms longs composés (très fréquents dans la francophonie, notamment en France, pas sûr qu’il y en ait dans les TES) ; pour l’exemple, quand on parle de Colleville-sur-Mer, on dit « Je vais aller à Colleville » et les autres voient de quoi on veut parler (surtout si c’est pour visiter le cimetière). Pareil pour Aulnay-sous-Bois qui devient Aulnay, Cormeilles-en-Parisis qui devient Cormeilles, Saint-Leu-la-Forêt qui devient Saint-Leu, Issy-les-Moulineaux qui devient Issy, etc. (oui, j’habite en région parisienne)

Utilisez des abréviations. Ne dites plus :
La Crise d’Oblivion => la Crise
Le Traité de l’Or blanc => le Traité
La Grande Guerre => la guerre (en particulier si vous parlez à des vétérans)
La Compagnie de l’Empire oriental => l’Empire oriental
Le Collège des Soupirs => le Collège ou les Soupirs
La Cité impériale => la Cité
La Guilde des guerriers/des mages => la Guilde (surtout si ce sont des membres qui parlent)
La Tour d’Or blanc => la Tour
La mine de Cidhna => Cidhna

On peut aussi aller plus loin avec des acronymes ; même si ce n’est pas « officiel », c’est quelque chose qu’on utilise dans la vie de tous les jours, surtout si votre personnage écrit des notes. Par exemple :
La Compagnie de l’Empire oriental => la CEO
La Guilde des guerriers => la GdG / la GG
La Guilde des mages => la GdM / la GM

Toutes ces abréviations montrent que les gens vivent dans un monde qu’ils connaissent, avec lequel ils sont familiers, ce qui apporte plus de vie et de profondeur. Trop expliquer, tout le temps, ne rend ces éléments que superficiels, étrangers au sein même de l’univers dans lequel ils sont pourtant ancrés.
Et au pire, si vous voulez que le PJ ne saisisse pas tout de suite, vous pouvez ajouter une option de dialogue pour expliquer ; inversement, vous pouvez faire dire une abréviation au PJ et faire en sorte que le PNJ auquel il parle fasse le rapprochement. Voire encore mélanger les deux, histoire que ce soit compris d’un seul coup. J’avais fait ça avec un de mes prêtres en mods maison :
PJ : J’ai travaillé quelques années à la CEO et j’ai tout plaqué pour partir à l’aventure.
PNJ : La CEO ? Ah oui, l’Empire oriental…

V. Les personnages ne disent pas ce qu’ils ressentent

Image

C’est une autre erreur très fréquente qu’on peut facilement éviter en faisant attention. C’est quand les personnages disent « Je suis… » avec un adjectif. Vous ne direz jamais « Je suis impressionné ». En général, on dira « C’est impressionnant » ou bien « Vous m’impressionnez » (et encore, celle-là c’est moyen). Tout du moins, lorsqu’il s’agit d’une affirmation. Il vaut mieux trouver une formule plus globale, plus légère et vague… Voire ne rien mettre du tout. En plus c’est pratique, car ça peut faire des formules mixtes (donc des variantes de dialogue en moins).

Exemples :

Vous avez réussi l’épreuve, je suis impressionné !
=> Vous avez réussi l’épreuve. (Très) impressionnant !
=> Impressionnant, vous avez réussi l’épreuve !

Je suis stupéfait par sa facilité à apprendre.
=> Sa facilité à apprendre est stupéfiante.

Je suis sûr qu’ils vont prendre le raccourci.
=> Ils vont prendre le raccourci. (d’autant plus vrai s’il y a doublage derrière avec l’intention)
=> Ils vont prendre le raccourci, c’est sûr. (plus général)

Je me suis trompé.
=> Ah bah merde, alors ! (allez, c’était une petite touche d’humour)


En général, on peut mettre la formule, mais si elle est seule. Les « Je [verbe] que… » c’est trop littéraire, trop propre. En revanche, si vous faites une phrase et que vous la ponctuez par un « Je crois/Je pense », ça apporte de la vie voire peut faire un effet comique, comme Alberthor dans Guivrecroc (encore et toujours) :
Oh ! Ne vous inquiétez pas, c’est parfaitement sûr ! Enfin, c’est relativement sûr. Tout du moins, ça le sera pour vous. Je pense.
Dans la même veine, si un personnage croit ou pense quelque chose, il peut le mettre en fin de phrase, après le point, le tout habillé d’un « enfin ». Un exemple pour rendre ça plus concret :
Je pense que le chemin de droite sera plus long.
=> Le chemin de droite sera plus long. Enfin, je pense !

Petite note pour les traducteurs
La formule « I guess » et affiliés en anglais est courante, mais c’est presque ce que j’appellerais une « formule de ponctuation ». C’est dit sans réfléchir et sans vraiment de sens. En français, mieux vaut ne rien mettre du tout. Si le terme est au début, ça peut être différent.


VI. Mettez des gentilés (si vous le pouvez)

Le gentilé, c’est le nom qu’on donne aux habitants d’une ville, d’une région ou d’un pays, ou les membres d’un groupe (souvent politique) : les Anglais, les Savoyards, les Moscovites, les royalistes…

Il est vrai que les anglophones ne se posent pas trop la question des gentilés, tout est pareil ou presque. En français, on a la chance d’avoir plein de variantes ! (yee)
Sauf que le problème, c’est que dans TES, on n’a pas de termes officiels et on dit toujours « le peuple de… » ou « les habitants de… » C’est méga lourd et en plus une certaine marque de pauvreté loriste. On n’a guère que les Crevassais, les Nibenéens, les Cyrodiiléens (et encore, on n’est pas toujours d’accord sur l’orthographe), les Akavirois et les Coloviens. Un sujet a été créé il y a quelques temps, vous pouvez y jeter un œil.

Donner un gentilé apporte de la profondeur à un univers en plus de fluidifier le dialogue. Alors, même si ce n’est pas forcément officiel ou canon, essayez d’apporter un gentilé aux habitants des régions. Ça rendra vos dialogues plus légers tout en étant plus riches, c’est du tout-gagnant.


VII. Féminin et masculin, dilemme ?

Image

Si vous créez le mod, vous n’avez aucune excuse autre que la flemme de ne pas adapter le texte pour des PJ féminins et masculins, à moins que vous ne déclariez ouvertement que votre mod doit être joué de préférence par un PJ de tel ou tel sexe. Ça vous fait du travail en plus, c’est chiant, je sais, j’ai déjà touché au CK. Mais si vous voulez que votre mod soit vraiment immersif, la variante du sexe ne peut être écartée (même si tout concorde à dire que l’Enfant de dragon est un Nordique, mais c’est une autre histoire).

En revanche, pour la traduction et en particulier quand il s’agit d’adjectifs (toujours neutres en anglais), c’est un vrai problème. Il y a plusieurs solutions, trois en l’occurrence :
1. Vous suivez la règle du français qui fait mettre le masculin par défaut (jeu vanilla et beaucoup de RPG, même si on comprend que ça apporte une incohérence avec les PJ féminins, surtout quand l’adjectif est auditivement différent), ou vous faites un choix ouvertement déclaré comme c’est assez fréquent (surtout avec des compagnons et compagnonnes bais… draguables/épousables)

2. Vous faites un tour de passe-passe en essayant de trouver une formule totalement neutre, mais vous prenez le risque de rendre la phrase beaucoup plus lourde (et ça se sent quand la phrase est tordue pour convenir à la neutralité).

3. Si vous savez utiliser le CK et en particulier pour les dialogues, alors vous pouvez écrire à l’auteur du mod en lui demandant si vous pouvez rajouter des lignes pour les adapter à un autre sexe, quitte à lui expliquer le problème du français avec les genres. Si l’auteur est pas trop con ou qu’il a étudié le français/l’espagnol (ou autre), il devrait comprendre et accepter de vous faire confiance, mais vous avez bien sûr intérêt à n’ajouter que ça sans rien modifier d’autre. Ça vous fait du travail, peut-être beaucoup, mais comme je l’ai dit plus tôt : « L’immersion a un prix ».

L’écriture inclusive n’est certainement pas une option ; illisible, indicible et absolument pas professionnelle ni sérieuse.

N’oubliez pas une dernière chose : tout ce qui est donné là vaut pour les dialogues, mais aussi pour les notes et les journaux personnels ! Un livre édité peut se permettre d’être grammaticalement propre, avec de belles tournures, des formules travaillées. Mais quand ce sont des chiffons écrits à la va-vite, un journal de bord ou quoi qui sont là pour mettre sur papier des pensées immédiates, on n’a pas l’temps d’niaiser comme on dit, et donc les formules orales sont privilégiées.


Exercices
Pour terminer, si vous souhaitez vous entraîner un peu, voilà quelques phrases pour savoir si vous avez bien assimilé le principe.

La Compagnie de l’Empire oriental est indépendante de l’Empire de Cyrodiil, mais est quand même soumise au Traité de l’Or blanc depuis la fin de la Grande Guerre.
► Afficher le texte

(PJ) Parlez-moi d’Isabelle Mellus.
Autrefois, Isabelle suivit une formation au Collège des Soupirs, puis s’est engagée au sein de la Légion impériale.
► Afficher le texte

Je n’avais pas pensé à cela… Je vais avoir besoin de plus de bois, je suppose. Pouvez-vous me rapporter dix bûches, s’il vous plaît ?
► Afficher le texte

Jon m’a dit prendre une charrette et venir me chercher pour partir ensemble en Hauteroche, le pays des Brétons.
► Afficher le texte

Merci d’avoir répondu à mon appel, Enfant de dragon ! Pouvez-vous m’aider à régler un problème avec mon voisin Viktor, s’il vous plaît ? Il est un escroc et m’a volé beaucoup de septims.
► Afficher le texte
« Le terme "doubleur" est totalement erroné quand il désigne les acteurs prêtant leur voix. Il définit un entrepreneur qui a une société de doublage. » - Éric Legrand.
Mes doublages réalisés et en cours.

Retourner vers « Tutoriels et conseils de traduction »